Traité fiscal France Royaume-Uni : quel pays taxe quoi ? Guide pratique
Traité fiscal France Royaume-Uni : quel pays taxe quoi ?
Quand on vit, travaille, investit ou prend sa retraite entre la France et le Royaume-Uni, la fiscalité peut vite devenir difficile à suivre. Deux pays peuvent vous considérer comme résident. Un revenu peut être versé dans un pays alors que vous habitez dans l'autre. Un bien immobilier peut rester taxable dans son pays d'origine. Et certaines pensions britanniques ne suivent pas les mêmes règles que les pensions privées.
C'est précisément à cela que sert le traité fiscal entre la France et le Royaume-Uni.
Son objectif n'est pas simplement d'empêcher que deux pays prélèvent deux fois exactement le même impôt. Le traité sert surtout à déterminer quel pays a le droit de taxer chaque catégorie de revenu, puis à organiser la correction lorsque les deux pays restent concernés.
Pour un particulier, il répond généralement à quatre questions très concrètes :
- Dans quel pays suis-je résident fiscal au sens du traité ?
- Quel pays peut taxer mon salaire, ma pension, mes loyers, mes dividendes ou ma plus-value ?
- Dois-je déclarer le même revenu dans les deux pays ?
- Quelle déclaration faut-il préparer en premier, France ou Royaume-Uni ?
Cet article explique le fonctionnement du traité sans jargon inutile, avec une approche volontairement pratique.
Dans quelles situations le traité devient-il important ?
Le traité peut devenir pertinent dès qu'il existe un lien fiscal avec les deux pays.
C'est notamment le cas si vous :
- quittez la France pour vous installer au Royaume-Uni
- quittez le Royaume-Uni pour vous installer en France
- conservez une maison ou un appartement dans votre ancien pays
- percevez des loyers d'un bien situé à l'étranger
- travaillez dans un pays pour un employeur établi dans l'autre
- faites du télétravail depuis la France pour une société britannique
- recevez une pension britannique alors que vous êtes résident de France
- recevez une pension française alors que vous habitez au Royaume-Uni
- conservez des comptes bancaires ou des investissements dans l'autre pays
- percevez des dividendes ou des intérêts étrangers
- vendez un bien immobilier après avoir déménagé
- cédez des actions ou des parts de société après un changement de résidence fiscale
- passez une partie importante de l'année dans chaque pays
Le traité est donc particulièrement important pour les expatriés, les retraités, les travailleurs mobiles, les investisseurs et les personnes qui conservent un patrimoine dans leur ancien pays de résidence.
Le traité ne remplace pas les règles fiscales françaises et britanniques
C'est un point fondamental.
Chaque pays commence par appliquer ses propres règles fiscales.
La France détermine d'abord si elle considère une personne comme résidente fiscale française et quels revenus elle souhaite imposer. Le Royaume-Uni fait la même chose en appliquant notamment son Statutory Residence Test.
Le traité intervient ensuite lorsqu'il existe un chevauchement ou un conflit entre les deux systèmes.
Il faut donc généralement raisonner en trois temps :
- regarder les règles françaises
- regarder les règles britanniques
- appliquer le traité lorsque les deux pays revendiquent un droit d'imposition ou lorsqu'il faut déterminer lequel des deux doit avoir priorité
C'est aussi pour cette raison que l'existence du traité ne vous dispense pas automatiquement de remplir une déclaration dans les deux pays.
Première étape : où êtes-vous résident fiscal ?
Pour la plupart des particuliers, l'article le plus important du traité est celui consacré à la résidence.
Il est possible d'être considéré résident fiscal par les deux pays selon leurs règles internes. Cela arrive plus souvent qu'on ne le pense, notamment pendant une année de déménagement.
Prenons un exemple simple.
Vous quittez Paris au mois de septembre pour vous installer à Londres. Vous conservez néanmoins votre appartement en France, votre conjoint reste quelques mois en France et vous revenez régulièrement. Selon les circonstances, la France peut encore considérer que certains critères de résidence sont remplis tandis que le Royaume-Uni peut également vous considérer résident selon ses propres règles.
Le traité intervient alors pour déterminer votre résidence conventionnelle, c'est-à-dire le pays qui sera considéré comme votre pays de résidence pour l'application du traité.
Les critères de départage
Le traité applique les critères dans un ordre précis.
1. Le logement permanent
On commence par regarder dans quel pays vous disposez d'un logement permanent.
Il ne s'agit pas forcément d'un logement que vous possédez. Une location stable peut suffire.
Si vous disposez d'un logement permanent dans un seul pays, l'analyse peut s'arrêter assez rapidement.
Si vous disposez d'un logement dans les deux pays, il faut passer au critère suivant.
2. Le centre des intérêts vitaux
On regarde ensuite avec quel pays vos liens personnels et économiques sont les plus étroits.
Cela peut inclure :
- le lieu de résidence du conjoint et des enfants
- votre activité professionnelle principale
- vos sociétés ou activités économiques
- vos habitudes de vie
- vos principaux intérêts patrimoniaux
Aucun élément n'est nécessairement décisif à lui seul. C'est l'ensemble de la situation qui compte.
3. Le séjour habituel
Si le centre des intérêts vitaux ne permet toujours pas de trancher, on regarde dans quel pays vous séjournez habituellement.
Le nombre de jours devient alors particulièrement important.
4. La nationalité
Si le conflit persiste, la nationalité peut départager la situation.
5. L'accord entre administrations
Dans les cas les plus rares, les administrations fiscales française et britannique peuvent être amenées à régler le conflit par une procédure amiable.
Pourquoi la résidence est-elle si importante ?
Parce que plusieurs catégories de revenus sont imposées principalement dans le pays de résidence.
C'est notamment souvent le cas des :
- pensions privées
- intérêts
- redevances
- nombreuses plus-values mobilières
Une erreur sur la résidence fiscale peut donc entraîner une erreur sur plusieurs autres revenus.
Avant de regarder les taux d'impôt ou les formulaires, il faut donc commencer par déterminer la résidence correctement.
Le traité ne signifie pas qu'un seul pays intervient toujours
C'est probablement l'erreur la plus fréquente.
Le traité peut fonctionner de plusieurs façons.
Situation 1 : un seul pays peut taxer
Dans certains cas, le traité accorde un droit exclusif à un seul pays.
C'est souvent le cas, sous réserve des exceptions, pour certaines pensions privées, les intérêts ou certaines plus-values.
Situation 2 : les deux pays peuvent taxer
Dans d'autres cas, le pays d'origine du revenu conserve un droit de taxation et le pays de résidence peut également inclure le revenu dans sa propre déclaration.
Le pays de résidence doit alors généralement éliminer la double imposition grâce à un crédit d'impôt ou à un mécanisme équivalent.
Situation 3 : le revenu est déclaré dans deux pays mais n'est pas imposé deux fois
C'est particulièrement important à comprendre.
Le fait de déclarer un revenu dans les deux pays ne signifie pas automatiquement payer deux fois l'impôt.
La déclaration et l'imposition sont deux questions différentes.
Revenus immobiliers : le pays où se trouve le bien reste central
Pour les revenus immobiliers, la règle est relativement intuitive.
Le pays où se situe l'immeuble conserve en principe le droit de taxer les revenus tirés de ce bien.
Exemple : résident français avec un appartement à Londres
Vous vivez à Lyon mais vous avez conservé un appartement à Londres que vous louez.
Le Royaume-Uni peut imposer les loyers parce que le bien est situé au Royaume-Uni.
La France, en tant que pays de résidence, peut également demander que ces revenus soient mentionnés dans votre déclaration française afin d'appliquer correctement le mécanisme prévu par le traité.
Il ne faut donc pas simplement déclarer au Royaume-Uni et oublier la France.
Exemple : résident britannique avec un appartement à Paris
Le raisonnement est inversé.
La France conserve le droit de taxer les revenus du bien français. Le Royaume-Uni peut également demander une déclaration du revenu mondial selon les règles applicables au contribuable.
Le traité sert ensuite à éviter une double imposition non corrigée.
Salaire : où travaillez-vous physiquement ?
Pour les revenus d'emploi, il faut éviter un raccourci très courant : le pays de l'employeur ne détermine pas toujours le pays d'imposition du salaire.
Le lieu où le travail est physiquement effectué est souvent déterminant.
Exemple : employeur britannique, salarié en France
Vous êtes employé par une société londonienne mais vous vivez en France et travaillez principalement depuis votre domicile français.
Le simple fait que l'employeur soit britannique ne signifie pas que l'intégralité du salaire doit être imposée uniquement au Royaume-Uni.
Le travail étant physiquement effectué en France, la France peut avoir un droit d'imposition.
Cette situation peut également créer des questions de payroll, de cotisations sociales et d'obligations pour l'employeur. Le traité fiscal ne règle pas à lui seul les questions de sécurité sociale.
Exemple : résident français en mission temporaire au Royaume-Uni
Une exception connue existe lorsque la présence dans l'autre pays est courte.
On parle souvent de la règle des 183 jours.
Mais il est dangereux de résumer la règle par : "moins de 183 jours = pas d'impôt".
Plusieurs conditions doivent être remplies simultanément, notamment concernant :
- la durée de présence
- la résidence de l'employeur
- l'entité qui supporte réellement le coût du salaire
La règle des 183 jours doit donc toujours être analysée dans son ensemble.
Télétravail entre la France et le Royaume-Uni
Le développement du télétravail a rendu l'article sur les salaires particulièrement important.
Prenons une personne employée par une entreprise britannique qui décide de travailler plusieurs mois depuis sa résidence secondaire en France.
Même si le salaire continue d'être payé depuis Londres et versé sur un compte bancaire britannique, il faut regarder où les journées de travail sont réellement effectuées.
Une présence régulière en France peut donc modifier le traitement fiscal du salaire.
Pour les personnes qui partagent leur temps entre les deux pays, il peut être nécessaire de reconstituer précisément les jours travaillés dans chaque juridiction.
Dividendes : attention au pays d'origine et au pays de résidence
Les dividendes constituent un autre cas classique de chevauchement entre les deux systèmes.
En principe, le pays de résidence du bénéficiaire peut imposer les dividendes. Le pays dont provient le dividende peut également disposer d'un droit limité de taxation selon les conditions prévues par le traité.
Exemple : résident de France avec des actions britanniques
Vous êtes résident fiscal français et détenez des actions de sociétés britanniques.
Les dividendes doivent généralement être pris en compte dans votre fiscalité française.
Il faut néanmoins vérifier si un prélèvement a été effectué à la source dans le pays d'origine et, si oui, comment le traité traite ce prélèvement.
Exemple : résident britannique avec des actions françaises
Même logique dans l'autre sens.
Un prélèvement français peut éventuellement être appliqué, mais le Royaume-Uni peut aussi taxer le dividende dans le cadre de la fiscalité du résident britannique.
Le traité permet alors d'organiser la coordination.
Intérêts : souvent imposés dans le pays de résidence
Les intérêts suivent généralement une règle plus simple.
Ils sont en principe imposables dans le pays de résidence du bénéficiaire, sous réserve de situations particulières.
Cela peut concerner :
- intérêts de comptes bancaires
- obligations
- prêts privés
- certains produits financiers
Exemple
Vous vivez en France mais conservez un compte rémunéré au Royaume-Uni.
Le fait que la banque soit britannique ne signifie pas nécessairement que le Royaume-Uni doit imposer les intérêts.
La résidence fiscale du bénéficiaire est généralement le point de départ.
Redevances et royalties
Les redevances suivent généralement une logique comparable aux intérêts.
C'est un sujet plus fréquent pour les entrepreneurs, auteurs, détenteurs de marques, consultants ou personnes qui exploitent des droits de propriété intellectuelle.
Pour une personne résidente dans un pays et percevant des royalties depuis l'autre, il faut vérifier si le paiement peut bénéficier du traitement prévu par le traité plutôt que d'une retenue domestique standard.
Pensions privées : généralement taxées dans le pays de résidence
Les pensions sont l'une des raisons les plus fréquentes pour lesquelles un particulier consulte le traité France Royaume-Uni.
Une personne peut avoir travaillé toute sa vie au Royaume-Uni puis prendre sa retraite en France.
Le fait que la pension soit versée depuis le Royaume-Uni ne signifie pas automatiquement qu'elle reste imposable au Royaume-Uni.
Les pensions privées sont en principe imposables dans le pays de résidence du bénéficiaire.
Exemple : retraite britannique en France
Vous avez travaillé vingt-cinq ans au Royaume-Uni puis vous vous installez définitivement en France.
Vous recevez une pension d'un ancien employeur britannique.
Si cette pension relève de la catégorie des pensions privées au sens du traité, elle sera généralement imposable en France.
Il peut alors être nécessaire d'effectuer des démarches auprès de HMRC afin d'éviter une retenue britannique inappropriée.
Pensions publiques : ne pas les confondre avec les pensions privées
C'est probablement l'un des pièges les plus fréquents pour les retraités.
Les pensions provenant de services publics ou de certaines fonctions publiques suivent des règles différentes des pensions privées.
Le pays qui verse la pension peut conserver le droit de la taxer, avec certaines exceptions liées notamment à la résidence et à la nationalité.
Il ne faut donc jamais conclure qu'une pension britannique est taxable en France simplement parce que le bénéficiaire vit en France.
La première question doit être : de quelle nature exacte est la pension ?
Plus-values immobilières : le lieu du bien reste déterminant
La vente d'un immeuble constitue un autre cas relativement simple dans son principe.
Si un résident britannique vend une maison située en France, la France conserve généralement le droit d'imposer la plus-value immobilière.
Si un résident français vend un bien situé au Royaume-Uni, le Royaume-Uni peut de la même façon taxer la plus-value selon ses règles.
Le pays de résidence peut néanmoins rester concerné et appliquer ensuite le mécanisme de crédit ou d'élimination de la double imposition.
Ne pas attendre la vente pour regarder le traité
Pour une transaction immobilière importante, la fiscalité doit être analysée avant la signature.
Il faut notamment tenir compte :
- de la résidence fiscale au moment de la vente
- du pays où se situe le bien
- du prix d'acquisition et des travaux
- des règles locales d'exonération
- des obligations déclaratives immédiates après la vente
Plus-values sur actions et parts de société
Les plus-values mobilières sont plus complexes que les plus-values immobilières.
En principe, beaucoup de plus-values sur actions ou titres ordinaires sont imposables dans le pays de résidence du vendeur.
Mais il existe des exceptions importantes.
Il faut notamment être attentif :
- aux sociétés dont la valeur provient principalement de biens immobiliers
- aux titres rattachés à une activité professionnelle ou à un établissement stable
- aux situations d'ancien résident
- aux règles nationales qui peuvent continuer à produire des effets après un départ
Exemple : vous quittez la France puis vendez des actions
Vous avez constitué un portefeuille ou développé une société alors que vous viviez en France. Quelques années plus tard, vous êtes devenu résident du Royaume-Uni et vous vendez les titres.
Il serait imprudent de conclure automatiquement que seule la fiscalité britannique s'applique.
La date du départ, la nature des titres et certaines règles réservant un droit d'imposition à l'ancien pays de résidence peuvent devenir déterminantes.
Pour une cession importante, l'analyse doit donc être faite avant la transaction.
Le mécanisme du crédit d'impôt
Le traité ne cherche pas toujours à empêcher le premier pays de taxer.
Très souvent, il fonctionne plutôt ainsi :
- le pays d'origine taxe le revenu selon le droit reconnu par le traité
- le pays de résidence prend également ce revenu en compte
- le pays de résidence accorde un crédit ou une autre correction afin d'éviter une double imposition économique complète
Exemple simple
Vous êtes résident du Royaume-Uni et percevez un revenu immobilier français.
La France taxe le revenu parce que l'immeuble est en France.
Le Royaume-Uni peut ensuite demander que le revenu soit déclaré dans votre Self Assessment.
L'impôt français peut alors être pris en compte dans le calcul du Foreign Tax Credit Relief lorsque les conditions sont remplies.
Le revenu est donc potentiellement présent dans deux déclarations, sans pour autant être taxé intégralement deux fois.
Faut-il toujours déclarer les revenus étrangers ?
Dans de nombreuses situations, oui.
Un contribuable résident de France doit généralement déclarer ses revenus étrangers en France, même lorsqu'ils ont déjà supporté un impôt à l'étranger.
De la même manière, un résident britannique soumis à l'imposition de ses revenus mondiaux doit souvent faire apparaître ses revenus français dans sa déclaration britannique lorsque les règles applicables l'exigent.
L'erreur classique consiste à penser :
J'ai déjà payé l'impôt en France, donc je n'ai rien à mettre dans ma déclaration britannique.
Ou l'inverse :
HMRC a déjà prélevé l'impôt, donc je n'ai rien à déclarer en France.
Ces raisonnements sont souvent incorrects.
Quelle déclaration faut-il préparer en premier ?
C'est l'une des questions les plus utiles dans la pratique.
Le traité ne prévoit pas une règle générale disant qu'il faut toujours déposer la déclaration française avant la déclaration britannique, ou inversement.
Il faut examiner trois éléments :
- quel pays a le premier droit d'imposition
- quelle déclaration arrive à échéance en premier
- si le montant de l'impôt payé dans un pays est nécessaire pour calculer le crédit d'impôt dans l'autre
Cas 1 : vous êtes résident de France avec des revenus britanniques
Dans de nombreux dossiers, il est logique de commencer par la déclaration française.
La France fonctionne sur l'année civile et la campagne de déclaration intervient généralement au printemps suivant.
Les revenus étrangers sont notamment reportés via le formulaire 2047 en complément de la déclaration principale.
La déclaration britannique Self Assessment suit un calendrier différent puisque l'année fiscale britannique va du 6 avril au 5 avril et que la date limite de dépôt en ligne intervient généralement le 31 janvier suivant.
Exemple
Vous êtes résident de France et recevez :
- une pension britannique
- des intérêts britanniques
- des loyers d'un appartement situé à Manchester
Il faut commencer par classer chacun de ces revenus.
La pension peut relever principalement de la France si elle est privée.
Les intérêts peuvent également relever principalement du pays de résidence.
Les loyers britanniques restent en revanche imposables au Royaume-Uni.
Une seule personne peut donc avoir trois revenus britanniques qui suivent trois traitements différents.
Cas 2 : vous êtes résident du Royaume-Uni avec des revenus français
Lorsque le revenu reste clairement taxable en France, il est souvent pratique de traiter la position française en premier.
C'est particulièrement vrai pour :
- les revenus locatifs français
- les ventes de biens immobiliers en France
- certains revenus professionnels français
Une fois l'impôt français connu, la déclaration britannique peut intégrer correctement le revenu et, lorsque les conditions sont remplies, le crédit d'impôt correspondant.
Exemple
Vous vivez à Londres et louez un appartement à Bordeaux.
La France taxe les loyers français.
Vous devrez généralement ensuite regarder leur traitement dans votre déclaration britannique.
Connaître le montant final de l'impôt français facilite le calcul de la position britannique.
Cas 3 : vous déménagez en cours d'année
C'est souvent le cas le plus complexe.
La difficulté vient notamment du fait que les deux pays n'utilisent pas la même année fiscale.
La France utilise l'année civile du 1er janvier au 31 décembre.
Le Royaume-Uni utilise une année fiscale du 6 avril au 5 avril.
Un déménagement au mois d'octobre coupe donc l'année fiscale française et l'année fiscale britannique à des endroits différents.
La bonne méthode
Avant de remplir quoi que ce soit, créez une chronologie précise comprenant :
- date de départ de l'ancien logement
- date d'arrivée dans le nouveau pays
- jours passés dans chaque pays
- date de début ou de fin d'un emploi
- jours de travail effectués dans chaque pays
- dates de versement des dividendes
- dates de réalisation de plus-values
- dates de perception des loyers ou pensions
Ensuite seulement, il faut déterminer la résidence fiscale et appliquer le traité à chaque revenu.
Commencer directement par remplir une déclaration est souvent la meilleure façon de créer des incohérences.
Cas 4 : vous êtes retraité britannique vivant en France
La première étape consiste à dresser la liste complète des pensions.
Par exemple :
- State Pension
- ancienne pension d'entreprise
- pension personnelle
- pension de fonction publique
Ensuite, il faut déterminer quelle catégorie conventionnelle s'applique à chacune.
Deux pensions versées depuis le Royaume-Uni peuvent avoir des traitements fiscaux différents en France simplement parce que leur nature juridique n'est pas la même.
Cas 5 : vous avez un bien immobilier dans l'autre pays
Pour un bien locatif, le pays de situation de l'immeuble doit généralement être traité en priorité.
En pratique :
- établissez le revenu taxable selon les règles du pays où se situe le bien
- calculez l'impôt local
- reportez ensuite les informations nécessaires dans le pays de résidence
- appliquez le mécanisme conventionnel approprié
Cette méthode évite de devoir estimer un crédit d'impôt étranger qui n'est pas encore connu.
Cas 6 : vous percevez uniquement des dividendes ou intérêts étrangers
Ici, le pays de résidence devient souvent le meilleur point de départ.
Il faut néanmoins vérifier si une retenue à la source a été appliquée dans l'autre pays.
Une retenue trop importante ne doit pas nécessairement être considérée comme définitive. Le traité peut prévoir un taux inférieur ou permettre une demande de remboursement.
Les formulaires de résidence fiscale
Dans certaines situations, il ne suffit pas de remplir une déclaration annuelle.
Il peut être nécessaire de prouver officiellement sa résidence fiscale pour bénéficier directement du traité.
Par exemple, une personne résidente de France qui continue à percevoir certains revenus britanniques peut avoir besoin d'obtenir une certification de résidence fiscale française afin que HMRC applique correctement le traité.
Cette démarche peut permettre :
- d'éviter certaines retenues à la source
- d'obtenir un remboursement d'impôt prélevé à tort
- de sécuriser le traitement d'une pension ou d'un autre revenu
Il vaut généralement mieux organiser cette procédure en amont plutôt que de réclamer plusieurs années d'impôt après coup.
Et les cotisations sociales ?
Le traité fiscal France Royaume-Uni concerne principalement les impôts.
Il ne faut pas confondre ces règles avec celles de sécurité sociale.
Un salaire peut être imposé dans un pays tout en relevant de règles particulières pour les cotisations sociales.
Depuis le Brexit, les situations de travailleurs mobiles entre la France et le Royaume-Uni doivent être analysées avec les règles de coordination de sécurité sociale applicables.
Pour un salarié en télétravail transfrontalier ou en mission temporaire, il faut donc poser deux questions séparées :
- où le salaire est-il imposable ?
- où les cotisations sociales sont-elles dues ?
Les réponses peuvent suivre des logiques différentes.
Le résumé : quel pays taxe quoi ?
Voici une grille pratique, volontairement simplifiée.
| Type de revenu | Pays généralement prioritaire |
|---|---|
| Salaire | Pays où le travail est physiquement effectué |
| Revenus locatifs | Pays où se trouve le bien immobilier |
| Dividendes | Pays de résidence, avec droit limité possible du pays d'origine |
| Intérêts | Généralement pays de résidence |
| Redevances | Généralement pays de résidence |
| Pension privée | Généralement pays de résidence |
| Pension publique | Souvent pays qui verse la pension, avec exceptions |
| Plus-value immobilière | Pays où se situe le bien |
| Plus-value sur actions | Souvent pays de résidence, mais exceptions importantes |
| Revenus d'entreprise | Pays de résidence sauf présence taxable dans l'autre pays |
Cette grille est un point de départ, pas un substitut à l'analyse du traité.
Les erreurs les plus fréquentes
Penser que 183 jours règle tout
Le nombre de jours est important mais il n'est pas universel.
Les critères de résidence française, le Statutory Residence Test britannique et le traité utilisent plusieurs critères différents.
Penser que l'employeur décide où le salaire est imposé
Pour les salariés internationaux, le lieu où le travail est réellement effectué est souvent plus important que le siège de l'employeur.
Ne pas déclarer un revenu parce qu'il a déjà été taxé à l'étranger
C'est l'une des erreurs les plus fréquentes.
L'impôt déjà payé peut donner droit à un crédit. Cela ne signifie pas nécessairement que le revenu disparaît de la déclaration du pays de résidence.
Confondre toutes les pensions britanniques
Une pension privée et une pension provenant d'un service public peuvent avoir un traitement conventionnel différent.
Oublier les revenus immobiliers étrangers
Un bien situé dans l'ancien pays de résidence continue généralement à avoir des conséquences fiscales dans ce pays.
Analyser une plus-value après la vente
Pour une vente importante, notamment d'actions, de parts de société ou d'un bien immobilier, la fiscalité devrait être vérifiée avant la transaction.
Utiliser le taux d'impôt le plus élevé comme estimation de la double imposition
Le résultat final dépend du mécanisme de crédit d'impôt, des bases taxables parfois différentes et des règles propres à chaque pays.
Une méthode simple pour organiser votre situation
Si vous avez des revenus en France et au Royaume-Uni, nous recommandons généralement de préparer un tableau avec une ligne par revenu.
Pour chaque revenu, notez :
- la nature du revenu
- le pays d'origine
- le montant brut
- l'impôt déjà prélevé
- le pays où vous étiez résident au moment de la perception
- l'article du traité applicable
- le pays ayant le premier droit d'imposition
- le traitement nécessaire dans le second pays
Cette approche est beaucoup plus fiable que de traiter les déclarations pays par pays sans faire le rapprochement entre elles.
Le traité est particulièrement important l'année d'un départ ou d'une arrivée
L'année d'expatriation est presque toujours celle où le risque d'erreur est le plus élevé.
Vous pouvez avoir :
- des revenus français avant le départ
- des revenus britanniques après l'arrivée
- des dividendes reçus pendant la transition
- un logement disponible dans les deux pays
- un salaire correspondant à des jours de travail répartis entre les deux pays
- une vente d'actifs pendant la même période
À cela s'ajoute la différence entre l'année civile française et l'année fiscale britannique.
Il est donc utile de traiter l'année de départ comme un projet fiscal à part entière plutôt que comme deux déclarations indépendantes.
En résumé
Le traité fiscal entre la France et le Royaume-Uni devient pertinent dès que vos revenus, votre patrimoine ou votre résidence touchent les deux pays.
Pour la majorité des particuliers, il faut retenir cinq principes :
- déterminer d'abord la résidence fiscale
- analyser chaque revenu séparément
- identifier le pays qui dispose du premier droit d'imposition
- ne pas confondre déclaration dans deux pays et double imposition
- préparer les déclarations dans un ordre qui permet de calculer correctement les crédits et exonérations
Dans la pratique, les articles les plus importants concernent la résidence, les revenus immobiliers, les salaires, les dividendes et intérêts, les pensions, les plus-values et l'élimination de la double imposition.
Le traité est donc moins un texte destiné aux spécialistes qu'un véritable mode d'emploi pour toute personne dont la vie financière se partage entre la France et le Royaume-Uni.
Si vous déménagez entre les deux pays, percevez plusieurs catégories de revenus internationaux ou préparez une opération importante, une analyse avant la déclaration ou avant la transaction permet généralement d'éviter beaucoup plus de problèmes qu'une correction après coup.
Vous avez une situation fiscale entre la France et le Royaume-Uni et souhaitez confirmer quel pays doit taxer vos revenus ? Nos experts francophones peuvent vous accompagner pour analyser votre résidence fiscale, appliquer le traité et coordonner vos déclarations françaises et britanniques.